LA LEGION ETRANGERE D'HIER ET D'AUJOURD'HUI
Bonjour,
Bienvenue sur le forum : http://http://www.camerone.net. Ce Forum est RESERVE aux Légionnaires de tout Grade et les Membre d'une Amicale de la Légion . IMPORTANT, dés votre connexion au forum vous devrez . REMPLIR COMPLETEMENT votre profil et vous présenter aux membres et émarger lma charte(dans les 48h) pour officialiser votre inscription Et surtout remplir complétement le profil A DÉFAUT VOTRE INSCRIPTION SERRA SUPPRIMÉE .
AMITIÉS LÉGIONNAIRES

LA LEGION ETRANGERE D'HIER ET D'AUJOURD'HUI

LA LEGION ETRANGERE , SON HISTOIRE , SES TRADITIONS ET SES AMICALES
 
AccueilS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 La 13eme DBLE à la Frontière Tunisienne .

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
CHRISTIAN CLAISE
WEB MASTER DU FORUM
WEB MASTER DU FORUM
avatar

DATE DE NAISSANCE : 08/09/1954
Masculin DATE D' INSCRIPTION : 13/11/2011

MessageSujet: La 13eme DBLE à la Frontière Tunisienne .   Ven 14 Sep - 9:26:13


LES DEUX DERNIERES ANNÉES DE LA LIGNE CHALLE

Par : Jean DELARBRE (capitaine)

La 13e Demi-Brigade de Légion Étrangère (DBLE) fit trois séjours à la frontière tunisienne en 1960, 1961 et 1962. Ce régiment de réserve générale parcourait l'Algérie depuis fin 1958 dans le cadre du plan Challe. Il était articulé en huit compagnies de combat, y compris la compagnie portée et la compagnie d'appui, employées, sauf exception, comme les compagnies de fusiliers-voltigeurs. Deux états-majors tactiques (EMT) coiffaient plusieurs compagnies à la demande. En général, les trois premières étaient subordonnées à FEMTI, la 4, la 5 et la 6 à FEMT2, la CP et la CA étant souvent en renfort de l'un ou l'autre EMT.

L'effectif théorique du régiment était 1778, soit 57 officiers, 249 sousofficiers, 1472 hommes de troupe. Il était réalisé pour les officiers grâce à une douzaine d'appelés, dont trois du Service de santé, mais inférieur de quelques dizaines pour les sous-officiers et les légionnaires. Il s'y ajoutait une petite harka, qui sera dissoute le ler juin 1961.

Capitaine, je commandais la compagnie d'appui pendant le premier séjour Pendant les deux autres, j'étais chef du 3e bureau du régiment, on disait aussi officier opérations, l'indicatif radio de cette fonction était Mouette.

Du 20 juin au 16 novembre 1960, le PC de la 13 et un EMT stationnent à Souk Ahras en réserve, tandis que l'autre EMT renforce la protection statique sur la ligne Challe autour de Lamy puis, le dernier mois, à Morsott, dans le sud.

Entre le 27 avril et le 19 juillet 1961, la 13 est en réserve près de Montesquieu, puis à Souk Ahras. Elle détache pendant un mois un EMT près de Lamy. Ce séjour est entrecoupé de deux absences, notamment pour opérer en Kabylie et pour maintenir l'ordre à Constantine.

Du 3 janvier au 30 juin 1962, le régiment a la responsabilité du soussecteur de Lamy.

Ces trois périodes se ressemblent sur le plan tactique. Le barrage remplit pleinement sa mission malgré une réduction des effectifs, très sensible en 1962. Il ne cesse de s'améliorer techniquement. En revanche, la situation politique évolue. Le second séjour commence juste après le putsch et avant les pourparlers dÉvian. Le troisième inclut le cessez-le-feu et se termine la veille de l'indépendance.

Plutôt que de suivre l'ordre chronologique, je témoignerai de mon expérience à la 13e DBLE sous ses trois formes : la mission de garde statique, celle d'intervention, puis les particularités dues à la fin de la guerre.

Surveillance statique du barrage.

A l'arrivée sur la ligne Challe en juin 1960, nous sommes surpris, agréablement, par un cadre tout à fait nouveau et par une abondance de moyens techniques modernes qui contraste avec ce à quoi nous étions habitués. Nous avions jusque-là besoin de légèreté pour poursuivre un ennemi fuyant : les mortiers et canons sans recul de la compagnie d'appui, armes du reste banales, avaient été remisés au magasin de la base arrière ; seuls les hélicoptères donnaient une tournure moderne à notre combat.

La clôture électrifiée, à 2 500 V le jour, à 5 000 la nuit, permet de signaler instantanément toute coupure, de la localiser et même de savoir lesquels des huit fils sont concernés. Elle est prise en sandwich dans un réseau de barbelés et doublée à faible distance vers l'avant d'un réseau de préalerte miné. Toute la nuit, des lampadaires éclairent jusqu'à 50 m. Quelques phares de DCA portant à 14 km projettent a priori ou à la demande leur faisceau lumineux dans le no man's land qui sépare de la frontière. A la moindre alerte, l'artillerie, très nombreuse, tire des obus éclairants et l'avion luciole qui ronronne à peu près toute la nuit peut être appelé directement pour larguer des bombes éclairantes. En visitant des postes de radars de surveillance des sols, je suis rempli d'admiration et de fierté.

Le réseau électrifié suit au plus près la route, en l'occurrence celle de Souk Alitas à La Calle, indispensable à sa surveillance et à son entretien comme elle le fut à sa construction. Le tracé est tactiquement peu favorable : il longe des fonds de vallée, au mieux il est à flanc de coteau. A l'est de Munier et à 5 km au sud de Lamy, il a fallu installer une section sur un observatoire à quelques centaines de mètres en avant du barrage. Le poste de Kef Lerba est sur un piton rocheux, celui de la cote 702 sur un éperon dénudé. Tous deux sont dotés d'un projecteur de 60 pouces.

Pour préserver la vie des petites agglomérations que la route traverse - c'est le cas de Lamy et de Munier - le barrage forme autour d'elles un périphérique.

Des pistes ont été créées : techniques pour l'entretien du réseau, tactiques pour la " herse " des engins blindés de reconnaissance, de bouclage à quelques kilomètres en arrière. Ces dernières, bordées d'un réseau de barbelés miné, permettent de déployer fantassins et blindés pour prendre dans une nasse les éléments qui auraient réussi, venant de l'est, à franchir le réseau électrifié, puis la route et le réseau de freinage miné situé peu après. Ces pistes et champs de mines, parfois incomplets ou sommaires en 1960, continueront d'être améliorés et multipliés jusqu'au début de 1962.

Ce que nous appelons la surveillance statique vise à interdire, en maintenant l'intégrité des obstacles, tout franchissement venant de Tunisie et, si, par hasard, la ligne Morice, dont nous n'avons pas la charge, a été franchie, tout passage dans l'autre sens. Le dispositif comme les obstacles sont dirigés face à l'ennemi principal, de loin le plus probable.

Cette mission est assurée par des sous-secteurs. Celui de Lamy, quand il est confié à la 13e DBLE début 1962, à un moment où les effectifs, plus faibles qu'en 1960, n'ont pas encore fondu, surveille, du PK 32 au PK 67, 35 km de front, 23 à vol d'oiseau, avec les moyens suivants :

- la 13 à cinq compagnies seulement, les trois autres étant détachées dans des sous-secteurs voisins ou au repos à la base arrière de Bougie;

- le ler Régiment de Spahis
- un groupe d'obusiers de 105 (1/8e RA) et une batterie de 155 (III/28e RA) ;
- une compagnie d'infanterie à Lamy même pour la garde du périphérique ;
- deux compagnies du 2le RIMa en réserve
- plus une compagnie du génie pour l'entretien du barrage, les postes électriques tenus par des électromécaniciens interarmées et les radars servis par des artilleurs.

Le sous-secteur est aux ordres du secteur de La Calle dont le PC est à Morris. Au sud, le sous-secteur de la Medjerda, du nom du fleuve qui se jette entre Tunis et Bizerte, dépend du secteur de Souk Ahras.

En 1960, pendant trois mois, la 13, qui stationne en réserve à Souk Ahras, détache un EMT à tour de rôle, en principe tous les quinze jours, en renfort du sous-secteur de Lamy. La compagnie d'appui bivouaque à trois reprises au PK 49,1 et surveille moins de 3 km de front au nord-est du périphérique de Lamy. Le point délicat est le pont situé à côté du carrefour des routes menant à Munier puis La Calle et à Combes puis Bône. Les ponts sont les points faibles du réseau : le courant électrique peut difficilement passer sous le pont à cause des risques de crue; le bourrage de barbelés qui y supplée peut être coupé sans qu'on s'en aperçoive.

Le bivouac est à un peu plus de 100 m de la route sur un petit mamelon couvert d'oliviers et de caroubiers, en dessous du poste permanent de Batoum. La compagnie est sous tentes collectives, qui ne sont pas protégées. Le sol est jonché de pierres de taille romaines. Les ruines romaines sont si nombreuses près de la frontière tunisienne que notre emplacement, comme la plupart, n'est pas signalé sur la carte par l'abréviation RR. En Algérie, J'ai pris plaisir à admirer ces ruines, y compris les plus anonymes. Néanmoins je fais placer des blocs autour de la base des tentes pour constituer des murettes de protection.

La frontière est en effet à moins de 4 km. Là où elle ne longe pas des thalwegs, elle est visible de notre position, ainsi que la vallée de l'oued Ed Dir qui s'enfonce dans le Bec de Canard que forme la Tunisie face à Lamy. l'ennemi peut facilement nous observer. Il ne montre aucune activité dans la journée. Nous circulons librement sur la route. Il nous suffit de quelques sentinelles sur des observatoires au plus près du réseau. De nuit, une partie de l'effectif occupe des blockhaus. En cas d'alerte, le reste de la compagnie renforce ces emplacements et en occupe d'autres.

Les blockhaus, en terre ou sacs de terre et rondins, sont sommaires et parfois inutilisables. La principale occupation des légionnaires est, outre la garde, les travaux sur les emplacements de combat, dans le bivouac et sur le chemin d'accès au bivouac.

Le confort est celui d'un campement. Ceux qui, la nuit, ne sont pas de service sont réveillés par le bruit causé aux alentours par le moindre incident. La sieste est, l'été, contrariée par la chaleur et les mouches.

Ce bivouac temporaire, qui sera abandonné en 1962 et sans doute bien avant, n'était pas le seul à offrir une protection très insuffisante. Quand, le 8 mars 1962, des obus tomberont sur les tentes d'un emplacement occupé depuis plusieurs années, ils feront six blessés.

Tous les efforts du commandement portaient sur l'obstacle. En 1962, les champs de mines du réseau de freinage remplacent le bivouac du PK 49,1 et une bretelle coupe le doigt de gant entre ce PK et le périphérique.

Il semble que la protection des troupes chargées de battre l'obstacle était entièrement laissée à leur charge. Si l'adversaire avait amélioré son armement en puissance et en quantité, s'il avait eu des avions et, surtout, s'il avait été plus agressif, il aurait fallu construire de véritables fortifications. Les communistes vietnamiens, qui ne craignaient pas des hécatombes en montant en masse à l'assaut sur un point donné, auraient percé le barrage et submergé le rideau de troupes posté derrière lui.

Ce ne fut pas le cas : pendant ces deux années, les actions ennemies peuvent être toutes qualifiées de harcèlements.

En 1960, ils ont lieu entre 21 heures et 0 h 30, parfois 2 heures, pas plus tard, pour permettre à leurs auteurs d'être loin à l'abri au lever du jour. Un EMT reste quinze jours sans entendre un coup de feu, mais il y a un ou plusieurs harcèlements presque chaque nuit les dix derniers jours de juillet et d'août, tantôt sur un point, tantôt sur plusieurs. Il faudra attendre 1962 et l'approche du cessez-le-feu pour subir des harcèlements de jour et pour que le réseau soit coupé de nuit au bengalore.

Le lendemain, quand l'ALN s'est approchée du réseau et l'a parfois coupé, la fouille du terrain révèle des indices. Le plus souvent, nous sommes tirés à distance par des armes automatiques, des canons sans recul, des mortiers. En 1962, le mortier de 120 et le canon de 85 russes sont utilisés.

Les pertes de la 13 dans cette mission sont faibles : en 1960 deux blessés, pendant l'hiver 1962 trois morts et douze blessés. Les pertes par accidents ne sont pas inférieures.

Les harcèlements excitent l'intérêt. Ce sont les alertes, souvent fausses, qui usent le physique et le moral : ombres ou bruits suspects signalés par une sentinelle, échos radars dus à des déplacements ennemis ou à des sangliers, incidents sur le réseau électrifié causés par le passage de bêtes ou inexpliqués. Des chutes de neige importantes en février 1962 font sauter des centaines ou des milliers de mines et inondent un blockhaus. La chute de gros grêlons, le 26 mai 1962, après le cessez-le-feu, avec le bruit du tonnerre et celui des mines qui explosent, procure une impressionnante ambiance de guerre.

La surveillance du barrage est monotone et usante, mais la mission est accomplie. Je n'ai connaissance, pendant ces trois séjours, que d'un seul franchissement et, encore, dans un sous-secteur voisin. Fin août 1960, l'élément blindé mobile qui surveille chaque nuit le pont au nord-est de Souk Ahras retourne au cantonnement à 3 heures. C'est une heure trop tardive pour qu'une troupe venant de Tunisie puisse franchir la ligne Challe et se dissimuler entre les deux barrages avant le jour. Ce fut le moment choisi pour un passage d'ouest en est. Un poste voisin s'en aperçut. Il fit prisonnier un blessé, selon qui son groupe était d'une vingtaine. Il était passé sous le pont ; la ligne électrifiée était sur le parapet.

Dès 1960, jusqu'au cessez-le-feu et au-delà, la ligne Challe m'est apparue efficace.



Interventions des unités en réserve.

La ligne Challe n'est réellement étanche que grâce à l'intervention d'unités en réserve, soit pour colmater les rares brèches, soit pour empêcher l'ennemi de s'installer entre elle et la frontière, soit pour maintenir la sécurité dans l'inter-barrage.

Les sous-secteurs disposent de leurs propres réserves : les unités de blindés légers et des unités d'infanterie. Elles stationnent de préférence sur les pistes de bouclage pour être prêtes à s'y déployer - je dirais : à s'y étirer - dès le déclenchement d'une alerte. En 1962, c'est souvent le cas de la CP et de la CA de la 13e DBLE, seules unités organiquement motorisées, sur Dodge 6 X 6. Mais la priorité reste à la surveillance continue au plus près du réseau électrifié, à laquelle elles doivent participer. Les blindés légers font des patrouilles systématiques ou, comme on vient de le voir, stationnent temporairement en des points sensibles.

D'autres unités sont en réserve. C'est le cas de la 13e DBLE en 1961 et en partie en 1960. Les missions et les stationnements changent souvent, le régiment est employé en ordre dispersé, on a, plus encore que dans les sous-secteurs, une impression d'épicerie. En témoignent les missions reçues en avril 1961 : " En réserve de la zone Nord-Est-Constantinois et de la zone Sud-Est-Constantinois, utilisable par le secteur de Souk Ahras ", puis en mai : " Un EMT sur les pistes de bouclage court de Fedj el Ahmed aux ordres du sous-secteur de la Medjerda, deux compagnies sur les pistes de bouclage aux ordres du sous-secteur de Lamy, un EMT en réserve mais sur le territoire du sous-secteur de Gambetta au profit duquel il pourra être utilisé ". Dans le premier cas, le régiment campe près de Montesquieu, dans le second, le PC près du terrain d'aviation de Souk Ahras, l'EMT en réserve autour d'une ferme à 10 km.

La mission prioritaire des réserves est d'intercepter les franchissements, mais il n'y a que des alertes ou des risques. Quand une unité de réserve renforce l'imperméabilité du barrage, soit sur une piste de bouclage, soit parce qu'un incendie a détruit un champ de mines, soit pour protéger le désherbage du réseau, sa mission s'apparente à celle de la garde statique.

Le plus souvent, elle est employée en avant de la ligne Challe, jusqu'à la frontière, généralement a priori. Ainsi, mi-juillet 1960, à l'est du Tarf, l'EMT1 ouvre une ancienne route dans une région interdite ravagée par les incendies, relève deux mines antichars et s'installe la nuit pour permettre à une trentaine de pièces d'artillerie, tous feux éteints, de se mettre en position : le général Ailleret, qui commande la ZNEC à Bône, y joint son PC; le 4e REI s'avance en direction de la frontière, tombe dans une petite embuscade, poursuit sa progression, se fait tirer de loin dans la matinée ; à midi, l'artillerie tire sur les positions repérées à l'avance sur la frontière, pendant plus d'une demi-heure pour les 155.

D'autres opérations sont faites au nord du Bec de Canard, mais le plus grand nombre au sud. Il y a en effet entre Souk Ahras et la frontière 30 km. Il faut empêcher l'ALN de s'installer dans cette zone que traverse la route de Ghardimaou, siège du PC de l'ALN en Tunisie. Ce n'est pas un vrai no man's land, car elle est encore habitée et le secteur de Souk Ahras y tient deux postes avancés : Aïn Zana et M'Raou.

Les opérations consistent à déminer les routes et pistes - deux à cinq mines antichars sont presque chaque fois relevées - à fouiller le terrain des emplacements de combat sont trouvés, des traces de passage ou de tirs, par exemple des douilles d'obus de canon sans recul portant des caractères chinois ou une cisaille de 30 000 V. Elles consistent souvent à étouffer une ou plusieurs compagnies, c'est-à-dire à les laisser en embuscade pour la nuit suivante ou pour trente-six heures,

Les accrochages sont rares. Le 13 juin 1961, l'EMT1 participe à une opération visant à s'approcher de la frontière. A 2 km, il est pris à partie plusieurs fois ; des tireurs au PM surgissent même des taillis. Il y a un tué et trois blessés amis. Lennemi a certainement plus des deux tués constatés, d'autant plus que l'aviation puis l'artillerie tirent sur les emplacements de combat situés sur la frontière, abondamment. Mais, en raison de leur situation, il n'est pas question d'aller aux résultats. Le respect de la souveraineté tunisienne nous lie les mains, de même qu'il nous interdit de traiter les objectifs repérés par l'aviation au-delà de la frontière.

Les interventions dans l'inter-barrage et parfois plus à l'ouest tombent dans le vide, car les maquisards sont à peu près inexistants au sud de Souk Ahras et moins d'une centaine dont vingt armés au nord, en partie des rescapés d'anciens franchissements de la ligne Morice ayant renoncé à poursuivre leur route. Ces actions ont sans doute pour but de s'assurer qu'il n'y a ni nouveaux arrivants ni relais pour faciliter un passage.

La vie en réserve est souvent agitée. La rapidité d'intervention, dont la nécessité est évidente, peut tourner à la précipitation. Le 19 juillet 1960, la 13 à un EMT quitte Souk Ahras pour chatouiller la frontière au nord du Bec de Canard. Les avions sont tirés du territoire algérien comme du territoire tunisien par des salves courtes mais nourries. Un T6 est abattu. Il faut récupérer les deux membres de l'équipage et garder l'avion jusqu'à son enlèvement. Nous rentrons au bivouac dans la nuit. Le lendemain matin, au moment de partir relever l'autre EMT pour quinze jours sur le barrage, tous véhicules chargés, nous recevons l'ordre d'aller dans la direction opposée de toute urgence. La seule information qui filtre, deux chefs de corps blessés lors d'un combat près de M'Raou, laisse supposer qu'il est grave. En fait, il n'y en a eu aucun. Lors d'une opération menée pour récupérer un avion d'observation L19 abattu - la perte d'un avion et a fortiori de deux le même jour est très rare , deux colonels regardaient une carte quand la jeep de l'un d'eux fit sauter une mine. La CA rejoint le PK 49,1 le 21 juillet.

Les opérations sont menées par des groupements ou sous-groupements temporaires formés à partir de plusieurs régiments. La raison en est sans doute que les réserves sont juste suffisantes. Mais elles suffisent. La surveillance statique du barrage permet de tenir une ligne, au mieux une bande de quelques kilomètres de large. Les unités d'intervention renforcent et élargissent ce contrôle du terrain. Les deux procédés tactiques remplissent bien leur mission, mais ils n'entament les forces de l'adversaire que dans la mesure où il veut bien se manifester.

Paradoxalement, c'est l'armée française, la plus puissante, qui se protège derrière des ouvrages défensifs. Son gouvernement lui interdit de franchir la frontière, qui sert de barrage juridique infaillible à l'ALN et ne lui coûte rien.

La Fin de la guerre.
Avant le cessez-le-feu.

La 13e DBLE retourne sur la ligne Challe aussitôt après le putsch manqué d'avril 1961. Quand elle y revient début 1962, la note de service précise que la relève doit libérer pour le maintien de l'ordre dans les villes des unités " valables sans restriction ". En clair, la Légion étrangère est envoyée sur la frontière parce qu'elle risque de fraterniser avec les partisans de l'Algérie française et que la priorité est au maintien de l'ordre dans les villes.

Dès 1961 en effet, la recherche d'une solution politique au conflit prime les objectifs militaires. Les conséquences de cette situation sont moins sensibles sur le barrage. Certes, la suppression progressive des harkas touche celle de la 13 le ler juin 1961, puis celle du soussecteur de Lamy le 13 février 1962. Mais, sauf à Souk Alitas où tantôt des musulmans tantôt des Européens manifestent, les autres localités sont trop petites pour que la situation occasionne autre chose que des drames personnels. L'interruption des opérations offensives décidée en mai 61 comme gage de bonne volonté à l'occasion du début des pourparlers à Évian ne nous concerne pas. L'intégrité de l'obstacle est maintenue.

La réduction des effectifs s'accélère en 1962. Peu avant le cessez-le-feu du 19 mars, le ler RS qui stationne dans le sous-secteur de Lamy est remplacé par un escadron et les deux compagnies de réserve du 2le RIMa passent plusieurs jours en maintien de l'ordre à Bône. Ensuite, la 13 met sur pied sa première compagnie destinée à quitter l'Algérie pour Djibouti, puis dissout une compagnie.

Le sous-secteur de Lamy, aux ordres du commandant de la 13 depuis le 3 janvier 1962, est calme jusqu'au 25 février, date du premier harcèlement. Fait nouveau, il a lieu avant la tombée de la nuit. Nos avions, obusiers, mortiers de 120 et blindés ripostent.

Le 6 mars, un harcèlement généralisé commence à 22 heures. Le réseau est coupé au bengalore en deux endroits. Le PC tactique d'une compagnie est attaqué au LRAC. Le bouclage de la piste J doit être déclenché. Le lendemain, quatre cadavres et un blessé sont ramassés devant les barbelés. Le blessé déclare être au courant des pourparlers mais que lui et ses camarades pensent qu'il n'y aurait pas de cessez-le-feu. Alors que les Français sentent la fin des combats imminente, il semble que l'ALN ait surtout le souci de vaincre. La date du 6 mars n'est pas fortuite. C'est la veille du début des ultimes pourparlers à Évian. C'est aussi la veille de la fin du ramadan et... le mardi gras.

Depuis janvier, les tracts déposés sur le barrage sont de plus en plus nombreux. Certains invitent les légionnaires à déserter, en français, en allemand, en espagnol. Ainsi : " Camarade légionnaire. Le carnaval va être fêté le 6 mars, dans le monde entier, en Allemagne encore plus qu'ailleurs. Comment vas-tu fêter le carnaval, toi Allemand ?... Tu laisses les filles, les belles filles allemandes aux autres. Il est temps pour toi de faire comme (suivent douze noms), de déserter cette armée où tu n'as connu que souffrance, misère... Rejoins l'ALN, elle se chargera de te rapatrier. "

D'autres tracts sont destinés aux soldats musulmans de l'armée française

" Frères algériens ! Harkis, moghaznis, goumiers et engagés. 70 harkis du poste de Djellal ont été renvoyés. Beaucoup d'autres l'ont été partout en Algérie. Voilà comment la France vous remercie. N'attendez pas cette humiliation ! Prenez vos armes et rejoignez l'ALN. La victoire est proche. Demain il sera trop tard ", ou encore : " Frère algérien. Les colonialistes s'entretuent, leur armée est divisée, la France impérialiste est perdue. Viens, rejoins tes frères. Rejoins l'ALN. "

Les harcèlements continuent les nuits suivantes et même dans la journée, jusqu'au 14 mars. Des brèches sont faites dans les réseaux électriques et des bouclages déclenchés. Un avion est abattu le 7. Le 9, une centaine d'obus de gros calibre s'abat sur Munier ; la population, presque exclusivement musulmane, demande à se réfugier à l'ouest ce qui lui est aussitôt accordé. Le 12, les postes électriques et les batteries d'artillerie sont particulièrement visés, le poste de la cote 702 reçoit deux cents obus, un légionnaire est tué au Kef Lerba, dernier mort de la l3e DBLE dans la guerre d'Algérie. La fouille du terrain tous les matins permet de ramasser devant le barrage sept tués et deux blessés dont ceux du 7 mars, pour trois tués et douze blessés chez nous.

A la suite d'un communiqué de l'ALN se vantant de ces actions, les journaux publient un communiqué du général commandant supérieur en Algérie qui les minimise et affirme que le retrait d'unités du barrage se poursuivra quoi qu'il arrive. Geste de paix sans doute, marquant la volonté de la France d'aboutir à un cessez-le-feu. Que serait-il advenu si les pourparlers avaient échoué?

Après le cessez-le-feu.

Les clauses du cessez-le-feu intervenu le 19 mars à midi, telles qu'elles nous parviennent, se résument en ceci : les forces restent sur leurs positions respectives. Des commissions mixtes d'armistice, dont nous ne verrons jamais arriver les représentants de l'ALN, doivent désigner à l'ouest de la ligne Challe des zones de stationnement aux ex-rebelles, en dehors desquelles ils ne pourront sortir qu'isolément et sans arme. Jusqu'à l'autodétermination nous devons maintenir l'intégrité du barrage, l'ALN de Tunisie est interdite en territoire algérien.

Dès le 19 mars à midi un premier drapeau vert et blanc est aperçu à 2 km en face du PK 53,5. Une patrouille l'enlève trois jours après. Il y est remis le lendemain. Le phénomène devient général. Pour le contenir, des postes sont occupés ou réoccupés dans le no man's land. C'est le cas de M'Raou chez nos voisins du sud, qui avait été évacué fin 61. Sur ordre du commandement, des contacts sont pris avec les éléments de l'ALN pour leur notifier les clauses du cessez-le-feu et l'obligation dans laquelle nous serions de tirer s'ils n'obtempéraient pas. Ces drapeaux ne sont en général visibles du barrage qu'avec des jumelles.

Des éléments de l'ALN vont néanmoins secrètement jusqu'au réseau puisque l'on continue d'y trouver des tracts, par centaines. Le 12 avril, cinq hommes en civil protégés à distance par un groupe en armes s'approchent d'un blockhaus du PK 53,2, qui tire une rafale d'AA52; ils se retirent. Le même scénario se répète plusieurs jours plus tard.

C'est à l'intérieur du barrage que l'agitation est la plus visible et du poste le plus à l'intérieur, qui est le PC du sous-secteur à côté du village du Hammam des Beni Salah, à 6 km à l'ouest de Lamy. Le 2 avril, quelques hommes en armes plantent un drapeau vert et blanc à 2 km. La population du village y accourt. Notre officier de renseignement prend contact avec le chef de bande de l'inter-barrage, un ancien sousofficier de l'armée française habillé comme nous en tenue camouflée et béret vert. Cette bande qui ne devait pas avoir plus d'une vingtaine d'armes avait été très discrète pendant la guerre, hormis quatre coups de feu tirés en janvier. Les jours suivants, le drapeau est placé en un autre endroit, la population apporte des victuailles et des moutons, elle vient aussi de Lamy et de tout l'inter-barrage, même de Bône, à pied, à mulet ou en voiture. Il paraît que les plus empressés à venir sont ceux qui jusqu'alors n'avaient pas donné de gage aux rebelles. Le chef dit aux gendarmes français : " Je ne peux pas les empêcher de venir spontanément. " Il s'installe à 3 km de notre vue.

La nuit du 14 au 15 avril, deux légionnaires de la CCS désertent avec leur arme. En mettant des légionnaires sur une frontière, surtout dans une période d'incertitude et de retour à la paix, le Commandement savait qu'il nous exposait à des désertions. Le régiment en avait eu une dizaine depuis le début de l'année, mais, sauf une, sans arme. Dans le cas présent, il est évident que les déserteurs ont imité les civils et nous apprenons que le maire du Hammam avait fait savoir que les légionnaires seraient rapatriés sur leur pays s'ils désertaient avec arme pour rembourser les frais de traversée.

La nuit du 17 au 18, quatre autres légionnaires de la CCS désertent, avec deux armes. Nous allons aussitôt exiger la restitution des déserteurs et le départ de la bande. A 8 heures, elle enlève le drapeau à notre approche et éclate selon la tactique habituelle, mais nous apercevons de petits groupes qui se dissimulent. L'avion d'observation pense que nous sommes abusés par ceux qui sont restés sur les lieux et va voir dans la direction opposée. A 6 km, il découvre un groupe de 29 hommes qui s'éloigne à vive allure. Les six derniers n'ont pas d'arme, ils se voilent la tête, l'un d'eux est blond. Vers midi la troupe est arrêtée et cuit des aliments. Le colonel commandant la 13 se pose en hélicoptère et va, seul avec FOR, voir son responsable qui est le second de l'inter-barrage. Il nie avoir vu les déserteurs et dit de s'adresser à son chef.

Deux compagnies de marche de la 13 sont héliportées, puis une du 21e RIMa, et réussisent à encercler le gros de la troupe. Pendant trois heures, un des commandants de compagnie, malgré de multiples entrevues, n'obtient rien, même en ramenant un déserteur trouvé en fouillant le terrain, puis deux autres. L'ordre du Commandement est : " Ne pas prolonger les pourparlers outre mesure. Exiger au minimum les déserteurs et leurs armes. En cas de refus, employer la force. " Quand l'hélicoptère armé mis à notre disposition s'apprête à tirer, le PC Air de Bône le lui interdit. Finalement, à 17 heures, il peut tirer quelques rafales de semonce. Deux hommes jettent leur arme et lèvent les bras. Le chef sollicite une entrevue. Il est averti que les prochains tirs viseront son groupe. Il se rend. Parmi les quinze hommes, cinq sont des déserteurs musulmans de trois autres corps ; parmi les onze armes, sept proviennent de déserteurs. Les prisonniers sont interrogés par la gendarmerie et gardés plusieurs jours, car ni tous les déserteurs ni toutes les armes n'ont été rendus.

Après avoir douté de la détermination du Commandement, nous sommes heureux d'avoir été soutenus et d'avoir pu nous faire respecter.

Le 21 avril, un autre groupe aperçu près du Hammam refuse de donner le numéro de ses armes et s'en va. Désormais il n'y aura plus d'incident à l'intérieur du soussecteur et presque aucune désertion. Le 24 avril, le commandant du sous-secteur reçoit le conseil municipal du Hammam qui expose des doléances mais l'applaudit avant de sortir.

La presse relate les événements du 18. Le communiqué de l'état-major de l'ALN " mettant en garde les autorités françaises contre la violation systématique des accords d'Évian " n'est pas repris par l'agence de presse du FLN.

C'est vers la frontière que la situation évolue. Le 4 mai, le secteur de Souk Ahras évacue les postes avancés d'Aïn Zana et de M'Raou et les fait sauter. A partir de début juin, l'ALN démine et répare les routes menant de la Tunisie au barrage. Quand elle ne respecte pas la nouvelle règle qui lui interdit une zone d'un kilomètre le long du barrage, un tir de semonce est effectué à l'AA52, le dernier a lieu au moment du départ, le 30 juin. Fin juin, 900 réfugiés originaires de la région arrivent de Tunisie et sont regroupés au Hammam. A l'inverse, une partie de la population européenne a quitté Lamy ; le 27 juin, le clochard de la bourgade est vu sur la route de Bône, marchant rapidement, une veste sur ses hardes, en chapeau mou, un sac sur le dos.

Le 23 juin, la population d'Oued Zitoun offre un méchoui à la section de la CP qui quitte le poste, l'un des rares au contact de la population. Elle y bénéficiait d'une infirmerie et d'une école tenue par des militaires. Le 30, un village voisin de Munier apporte des paniers d'oeufs à la section qui y est cantonnée.

Le 28, la municipalité du Hammam des Beni Salah offre un méchoui aux officiers du PC et de la CCS. Le maire dit : " Quand on a appris au début de l'année que la Légion venait, il y a des gens qui annonçaient de grands malheurs. On avait bien peur. Mais dès que vous êtes venus, on s'est senti plus libre. On avait plus de liberté pour faire paître les troupeaux.

Personne ne venait nous embêter dans le village. Avant, ce n'étaient pas les Français, mais les musulmans des commandos qui venaient dans le village. De toutes les troupes qu'on a eues, c'est vous les plus meilleures (sic). "

Le 27 juin, le 21e RIMa prend les consignes de la 13. Le 28, un hélicoptère banane volante retire le phare de la cote 702 et celui du Kef Lerba.

Le 30, veille du référendum qui donnera l'indépendance à l'Algérie, la 13e DBLE quitte la zone.

Le barrage tunisien, déjà étanche en 1960, remplit sa mission jusqu'à l'indépendance. Il fut indéniablement une réussite tactique.

Ne fut-il pas un échec stratégique? Il fut tourné, non par les armes, mais par la politique. L'ennemi de l'extérieur contre lequel il avait été érigé prioritairement fut choisi comme interlocuteur par le gouvernement français et c'est à lui que le pouvoir fut transmis.

Le barrage n'a-t-il pas contribué à ce choix en affaiblissant l'ennemi de l'intérieur et en donnant à celui de l'extérieur une certaine importance, presqu'une légitimité, tout en le confortant dans sa position radicalement séparée, hostile, qui ne fut pas toujours celle de l'ennemi de l'intérieur ?

Il a consommé beaucoup d'effectifs, de moyens et de crédits qui auraient pu être utilisés dans des actions offensives.

Fait pour remédier aux conséquences de l'indépendance de la Tunisie, il était un aveu de faiblesse. S'il fut vaincu stratégiquement, c'est à Sakiet Sidi Youssef quand le gouvernement français, cédant à l'opinion publique, décida de ne plus attaquer les bases de l'ALN en territoire étranger.

Avant d'aller sur le barrage, j'ai connu en Algérie la vie de poste pendant deux ans dans le même secteur, puis la vie de réserve générale, voyant du pays et pourchassant les " rebelles " dans leurs repaires. C'est la première qui me laisse le meilleur souvenir car nous pouvions connaître la population, le terrain et les habitudes de l'adversaire et, si nous le voulions bien, avoir de l'initiative. La vie en unité d'intervention fut souvent décevante car, en général, l'ennemi évitait le contact ; du moins permettait-elle de le déranger, voire de le bousculer. La garde sur le barrage ou l'intervention à son profit visait à réagir aux actions adverses, que j'ai toujours connues modestes, et, avec autant de vigueur et de dépenses, aux passages de sangliers ou d'ombres. Je ne regrette pas cette expérience. Mais elle laisse le goût amer d'un " désert des Tartares ".

Capitaine Jean DELARBRE .
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

La 13e Demi-Brigade de Légion Étrangère (13e DBLE) est un régiment de réserve générale qui a fait trois séjours à la frontière tunisienne en 1960, 1961 et 1962, recevant des missions diverses, soit comme unité d'intervention, soit comme élément statique responsable d'un secteur de barrage. L'auteur de l'article était alors capitaine, commandant de compagnie puis chef du 3e bureau du régiment. Il témoigne de son expérience avec beaucoup de précision et apporte un éclairage utile sur les derniers mois du barrage, avant et après le cessez-le-feu.
Revenir en haut Aller en bas
Petitpère
ADMINISTRATEUR
ADMINISTRATEUR
avatar

Masculin DATE D' INSCRIPTION : 26/05/2012

MessageSujet: Re: La 13eme DBLE à la Frontière Tunisienne .   Ven 14 Sep - 10:45:09

Bonjour,

Merci encore pour ce travail de recherche. j'en apprends tous les jours sur les missions passées de la Légion Etrangère.



Cordialement,

Petitpère
Revenir en haut Aller en bas
 
La 13eme DBLE à la Frontière Tunisienne .
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La 13eme DBLE à la Frontière Tunisienne .
» 05 Juillet 1956 la 13eme DBLE .
» Les "BUK" et la 13eme DBLE .
» L'ambassadeur dominicain dément la fermeture de la frontière par son pays.
» Menace de paralysie des activités à la frontière haïtiano-dominicaine à partir d

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
LA LEGION ETRANGERE D'HIER ET D'AUJOURD'HUI :: LES REGIMENTS ET UNITES DE LA LEGION ETRANGERE :: 13° D.B.L.E. :: HISTORIQUE-
Sauter vers: