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 Quand les services français trafiquaient l’opium…

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CHRISTIAN CLAISE
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DATE DE NAISSANCE : 08/09/1954
Masculin DATE D' INSCRIPTION : 13/11/2011

MessageSujet: Quand les services français trafiquaient l’opium…   Mar 28 Mai - 10:42:44


Quand les services français trafiquaient l’opium…

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18 janvier 1953. Un bimoteur DC-3 se pose au Cap-Saint-Jacques
(aujourd’hui Vung Tau), une station balnéaire au sud du Vietnam. L’avion
de l’armée de l’air arrive de la Plaine des Jarres au Laos – une région
également sous administration française. Des caisses sont déchargées et
aussitôt transportées vers les bâtiments du Centre d’entrainement
spécialisé (CES) à Ty Wan. Un lieu discret, où l’on forme les cadres du
GCMA, le Groupement des commandos mixtes aéroportés. La branche armée
des services secrets français en Indochine (1).
Les caisses
contiennent 1,5 tonne d’opium. Une partie de cette cargaison, près de
500 kilos, est rapidement transférée vers une maison de jeu à Cholon, le
quartier chinois de Saïgon. Le « Grand Monde », c’est le nom de
l’établissement, est contrôlée par la « secte » des Binh Xuyen, un gang
dirigé par le « général » Le Van Vien, qui marrie les activités
politiques et mafieuses. Le reste des caisses d’opium est entreposé au
magasin d’armes du GCMA, à Saïgon. Il y en a pour une fortune et tout
cela est parfaitement illégal : le SDECE (service de documentation
extérieure et de contre-espionnage), l’ancêtre de la DGSE actuelle, se
livre au trafic de drogue !
L’affaire éclate – très discrètement -
lorsqu’un officier trésorier consciencieux refuse de valider des
documents comptables frauduleux. Le Haut-Commissaire Jean Letourneau
(qui a rang de ministre à Paris) est prévenu. Le 1er mars, la
gendarmerie prévôtale débarque au GCMA et saisit les caisses d’opium.
Quelques jours plus tôt, Letourneau s’est fait expliquer l’affaire par
le général Raoul Salan, commandant en chef en Indochine, qui a la
réputation de ne pas être indifférent aux produits opiacés…
Il
s’agit de l’ « Opération X ». La drogue provient des peuples montagnards
– Thaïs et Méos – qui ont organisé des maquis pro-français afin de
lutter contre le Vietminh. Le GCMA a passé un accord avec eux : les
services français se chargent de transporter leur production vers leurs
clients à Saïgon… Le SDECE fait d’une pierre deux coups : il renforce
son alliance avec ces combattants anticommunistes et privent les
communistes des bénéfices de ce trafic. En 1948, un rapport du 2ème
Bureau estimait que 80% de la production d’opium était contrôlée par le
Vietminh. Au passage, les services français s’autofinancent !
Ce
n’est pas joli-joli, mais à la guerre comme à la guerre. Letourneau se
range aux arguments de Salan et ces trafics continuent, simplement
contrôlés d’un peu plus près. Un fusible saute : le lieutenant-colonel
Grall est remplacé par le commandant Roger Trinquier à la tête du GCMA.
Quelles furent les quantités exactes d’opium transportées ? Combien ce
trafic rapporta-t-il ? Qui était vraiment au courant ? On l’ignore
toujours. Les archives du SDECE sur cette période ne sont pas encore
complètement accessibles aux chercheurs. Leur ouverture prochaine
réservera sans doute quelques surprises.
« Nous sommes à la
lisière de ce qui est répréhensible au nom de la morale mais qui peut
être acceptable au nom de l’efficacité »
assure l’historien Jean-Marc Lepage. Il reconnait que « le SDECE n’hésite pas à s’affranchir de la légalité », mais que « la
prise en charge de l’opium par le GCMA a permis le ralliement des
peuples montagnards, qui ont par la suite semé le trouble sur les
arrière de l’armée populaire ».
Ce qui n’évitera pas l’échec final de la France en Indochine...
L’opium sert aussi de rémunération pour les informateurs et de cadeaux
aux « amis ». Ainsi, au Nord-Laos, le lieutenant Lacroze en avait
toujours quelques kilos dans son coffre-fort… Autre exemple : en 1950,
une tonne d’opium est saisie lors de l’opération Chrysalide contre le
Vietminh. Les différents services vont se bagarrer comme des chiens pour
récupérer « ce capital extrêmement délicat à manipuler » (selon les mots du commandant en chef) qui aurait été officiellement détruit…
En permanence à cours d’argent, les services français en Indochine
utilisent des moyens peu recommandables pour se financer : le trafic
d’opium, mais aussi la fausse monnaie, l’argent des BMC (les bordels
militaires de campagne), les fausses factures, le taux de change
parallèle des piastres… Les services franchissent clairement la ligne
jaune vers les méthodes du banditisme, ce qui laissera des traces
profondes chez les personnels impliqués. L’image, négative, des services
français et de leurs « barbouzeries » s’en ressentira durant des
décennies, au moins jusqu’aux années 90. La faute à qui ? L’historien
Hugues Tertrais explique que « l’Indochine aura décidément été l’un des lieux où l’institution militaire aura appris à se débrouiller toute seule ». C’est, en général, une fort mauvaise idée ! Mais la responsabilité en revient d’abord au pouvoir civil.
Ces dérives ne sont pas propres à l’armée française. Dix ans plus
tard, dans le même pays, les Américains feront de même avec les mêmes
tribus montagnardes contre le même ennemi. En Amérique latine, lorsqu’il
s’agissait de lutter contre des guérillas castristes ou prosoviétiques,
les mêmes n’ont pas toujours été très regardant. Et en Afghanistan, on
découvrira un jour comment le ralliement de seigneurs de la guerre
locaux a été obtenu afin de lutter d’abord contre les Soviétiques puis
provoquer la chute des talibans…
C’est la face cachée des
opérations clandestines. Elle n’est pas belle. Est-elle au moins
efficace ? Ce n’est même pas sûr. Car, comme la torture, elle provoque
souvent autant de dégâts moraux dans les institutions qui la mettent en
œuvre que chez l’ennemi.

(1) On lira l’excellent livre de Jean-Marc Lepage « Les services secrets en Indochine » (Nouveau Monde éditions, 2012. 24 euros), qui retrace toute cette affaire… et bien d’autres.
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