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 Sébastien Verney, L’Indochine sous Vichy – CR de lecture de Pierre Brocheux

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Masculin DATE D' INSCRIPTION : 26/05/2012

MessageSujet: Sébastien Verney, L’Indochine sous Vichy – CR de lecture de Pierre Brocheux   Dim 6 Oct - 5:09:10

Bonjour,



Sébastien Verney, L’Indochine sous Vichy – CR de lecture de Pierre Brocheux



16 mai 2013

Par indomemoires




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Réf. : Verney, Sébastien, L’Indochine sous Vichy. Entre Révolution nationale, collaboration et identités nationales 1940-1945, Paris, Riveneuve éditions, 2012, 517 p., index, bibliographie, cartes, photos, graphiques.
Après la capitulation de la France et son occupation par les Allemands, l’empire colonial français fut un enjeu de taille dans la confrontation entre le gouvernement de Vichy engagé dans la collaboration avec l’occupant allemand et la France libre dirigé par le général de Gaulle. Ce conflit prit une tournure tragique et fratricide de la Syrie-Liban à Madagascar en passant par l’Afrique occidentale et l’Afrique du nord.
Dans ce moment tragique de l’histoire impériale, l’Indochine représenta un cas singulier : des accords de coopération passés entre Vichy et Tokyo instaurèrent une cohabitation qui, par la force des choses, impliquait une collaboration d’État qui dura jusqu’au 9 mars 1945. Cet épisode fut assez gênant pour que l’historiographie française de cette période place « l’occupation » japonaise au cœur de ses ouvrages et mette entre parenthèses ou passe sous silence le modus vivendi franco-japonais qui dura quatre années. L’historien Eric Jennings fut le premier à braquer le projecteur sur le gouvernorat de l’amiral Jean Decoux ; celui ci ayant prêté allégeance au maréchal Pétain, tenta d’acclimater la « Révolution nationale » sous les tropiques. Mais Vichy sous les Tropiques (Paris, Grasset, 2004) proposait une analyse qui englobait Madagascar, la Guadeloupe et l’Indochine, l’ampleur de la saisie du sujet en diminuait forcément la profondeur.
Sebastien Verney s’en tient à l’Indochine et, en se concentrant sur elle seule, il nous donne une macrovision de son sujet. Son exposé éclaire parfaitement la situation  contradictoire où de trouvait l’amiral-gouverneur. Comment, jusqu’au 9 mars 1945, Decoux qui avait une marge de manœuvre très étroite, a-t-il fait preuve de pragmatisme pour supporter la pression permanente des Japonais et ne pas céder à toutes  leurs exigences, en espérant secrètement, ainsi que ses collaborateurs, garder l’Indochine sous la tutelle de la France jusqu’à la fin des hostilités.



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L’amiral Jean Decoux (1884-1963), Gouverneur général de l’Indochine française du 25 juin 1940 au 9 mars 1945. © Central-Photo-Hanoï


Decoux était le représentant d’une Révolution nationale dont il avait fait siens les objectifs et qui devait régénérer la nation française dont la santé matérielle et morale avait décliné sous la Troisième république si ce n’est la république tout court. Comment accomplir cette tache, comment adapter les valeurs et l’idéologie national-impérialiste et contre-révolutionnaire à un terreau et dans une conjoncture dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils n’offraient, ni l’un ni l’autre, des réceptacles accueillants.

D’abord le terreau : la résistance contre la tutelle française n’avait jamais cessé depuis la conquête, elle avait même rebondi à partir des années 1929, 1930 et les années 1936, 1940 avaient été gagné par l’effervescence indépendantiste, au moins au Vietnam lorsqu’une unité armée du Quang Phuc Hôi avait accompagné l’armée japonaise pour donner l’assaut à Langson en septembre 1940, en novembre de la même année, le Parti communiste indochinois tentait une insurrection armée en Cochinchine dont les Français ne vinrent à bout qu’en avril-mai 1941.

Et la conjoncture ? La métropole impériale avait capitulé en juin 1940 devant l’Allemagne hitlérienne, la « petite guerre franco-thailandaise » de 1940-1941 avait obligé la France à céder 70 000 Km2 à la Thaïlande soutenu par le Japon. Le sort de l’imperium français dépendait désormais complètement du bon vouloir des Japonais c’est à dire du respect des accords Vichy-Tokyo ou de leur abrogation.

La fragilité et la vulnérabilité de la tutelle française à la merci des calculs et des décisions stratégiques japonaises déterminèrent la politique de Decoux qui consista à cultiver et exalter des identités nationales. Mais si le gouverneur eut soin  d’entretenir la fierté des peuples indochinois en célébrant leur passé, en donnant le maximum de lustre à leurs monarchies (viêt, khmer, lao) notamment en redorant leurs apparats, il le fit en réaffirmant la suprématie de la France et des représentants de la France. Il n’eut de cesse de rappeler les positions respectives des protagonistes, dominants et dominés, dans l’échelle de la hiérarchie politico-administrative.

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Propagande en faveur du Maréchal Pétain à l’arrière de la cathédrale de Saigon. Affiche de 6×8 m (source : l’Indochine hebdomadaire illustré, 1942 repris sur le site Belle Indochine).


L’auteur a cerné et expliqué avec clarté la stratégie et la méthode Decoux, il a également détecté les effets non intentionnels (néanmoins pressentis par certains administrateurs français) de cette politique d’équilibriste : l’encadrement de la jeunesse fut l’initiative majeure, mais aussi une plus grande place faite aux Indochinois dans l’administration ; exaltation des souvenirs collectifs, cultes des héros nationaux viet par exemple. Mais il semble ramener (est-ce un effet de lecture ou une distraction de ma part ?) le soulèvement de 1945 à une création ex nihilo de ce qu’il appelle les identités. Rarement, l’auteur utilise le mot nation, pourquoi ? Il faut attendre la deuxième partie, pp. 315-411, pour que le lecteur voit surgir les identités nationales comme si elles avaient été fabriquées par l’administration vichyste. Or, les identités indochinoises s’étaient forgées au cours d’une longue histoire : un bon exemple des limites de la politique identitaire de Decoux est l’échec de la tentative de romanisation de l’écriture khmère et de la généralisation du calendrier grégorien au lieu du calendrier bouddhique. En 1945, la nation est une notion admise chez les Vietnamiens : la fameuse conférence d’Ernest Renan à la Sorbonne,  en 1882, était connue des lettrés vietnamiens contemporains. Et le diplomate Jules Harmand justifiait le morcellement du royaume vietnamien en trois pays parce  que « la nation annamite, d’une homogénéité sans exemple dans toute l’Asie  possède une unité positivement redoutable pour tout conquérant éloigné de sa base d’opérations ».

Selon l’auteur, « forger une identité nouvelle est un échec parce qu’elle rencontre les obstacles provenant du racialisme qui sous-tend la politique coloniale », certes, le racialisme est le facteur fondamental qui annule le stratagème imaginé par Decoux pour contrebalancer l’influence japonaise et pour conserver la haute main sur les populations indochinoises. La Fédération indochinoise qui fut substituée à l’Union indochinoise, outre son parfum maurrassien antijacobin, fut avant tout, le maintien du fractionnement de l’État-nation vietnamien dont Jules Harmand avait clairement énoncé l’argumentaire en 1885. Il est permis de se demander si Decoux croyait sincèrement à cette « Fédération des petites patries indochinoises et de la Grande Mère Patrie France ». Cette configuration idéologique était identique à celle qui causa le déphasage entre la politique gaullienne et la réalité du terrain.



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Une affiche de propagande gaulliste dénonçant la politique de Decoux en Indochine. (source : [Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien])

Dans le registre documentaire, l’auteur a prospecté et exploité de façon exhaustive les sources relatives au sujet, des archives nationales françaises (ANOM) à celles des pays indochinois (Hanoï, Ho Chi Minh-ville, Phnom Penh et Vietntiane), et aux sources imprimées. Sa capacité de lire le quốc ngử fut un atout pour prendre connaissance des sources primaires. La riche documentation de première main a permis à l’auteur de construire sa démonstration de façon rigoureuse et convaincante.
Mais le registre explication-interprétation se ressent de l’idée directrice qui est celle de « la fondation d’identités nouvelles » et qui laisse à penser qu’elles avaient été opérées sur une table rase. Ainsi l’auteur est conduit à écrire « L’héritage le plus probant de la politique identitaire exacerbée de Vichy, est l’adoption par les peuples indochinois d’une logique conflictuelle de surenchère ‘raciale’ » (p. 407). C’est ignorer ou oublier que la péninsule indochinoise était partagée entre des ethno-états monarchiques qui ne cessèrent de se faire la guerre et que l’impérialisme viet atteignit son expansion maximale sous le règne de Minh Mang (1820-1840). L’auteur voudrait-il faire regretter la pax gallica ? La macrovision aurait gagné à être doublée par la profondeur de champ.
Dans les détails, il est toujours possible de trouver à redire sur le vocabulaire, ou des observations comme celle ci : « Le choix vestimentaire en terre coloniale suit une logique pratique mais aussi raciale.  Si la couleur blanche est choisie pour des raisons climatiques, elle permet également de différencier le colonisateur du colonisé, rappelant la pigmentation ‘raciale’ du dominant » (note 205, p. 163). Les symboles ne rendent que partiellement compte du réel, la société vietnamienne notamment avait beaucoup évolué dans les années 1940 : les vêtements blancs étaient portés dans la vie quotidienne autant qu’à l’occasion des cérémonies funéraires, par un cyclo-pousse autant que par un agent de police ou un employé de bureau, et par une jaune ou un indien autant que par un blanc. Un historien des représentations ou qui les utilise « ne doit jamais oublier le principe de réalité ».
S’il est vrai qu’aucun livre n’est parfait, celui ci est une contribution à l’historiographie de l’Indochine contemporaine qui restera longtemps indépassable.

Pierre Brocheux

Historien franco-vietnamien, Pierre Brocheux a enseigné à Saigon entre 1960 et 1968, au plus fort de la guerre du Viêt-Nam. Il a publié plusieurs ouvrages qui font référence sur ce pays, notamment Ho Chi Minh (Payot, 2003 ; Cambridge University Press, 2007), Une histoire économique du Vietnam (Indes savantes, 2009) et Histoire du Vietnam contemporain (Fayard, 2011).
CR de lecture publié avec l’autorisation de l’auteur que nous remercions vivement.


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MessageSujet: Re: Sébastien Verney, L’Indochine sous Vichy – CR de lecture de Pierre Brocheux   Jeu 10 Oct - 15:17:46


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